jeudi 8 avril 2010
Pas plus qu'à le donner en a souffert votre âme,
Je voudrais tout raconter. Ce serait comme me débarasser de mes souvenirs, les donner à quelqu'un d'autre. Oublier, le problème. Oublier, ce qu'on avait, ce que l'on a jeté.
Oublier peut-être, cet étrange soir, où je sentais tout foutre le camp, et où une force, un je ne sais quoi, m'a fait danser dans le train qui m'emmenait loin de toi, loin de ton absence. J'ai dansé, j'ai même souri. Je me sentais bien. Je savais que tout foutais le camp. Je voulais encore être heureuse. Encore un peu. J'ai arraché des bouts de temps, des bouts de rien, des restes putréfiés.
Je suis tombée assez tard, peut-être deux mois après tout ça. J'étais fière. Je voulais aller au bout de la souffrance, au fond de mes plaies, mourir vraiment. Tu m'as dit, un soir de décembre, tu m'as dit que tu m'aimais. Que plus jamais tu n'aimerais comme ça. Que c'était une histoire d'alchimie, rien d'autre, mais que ça ne se reproduirait jamais.
Je ne sais pas où tu es aujourd'hui, ni ce que tu fais. Je ne sais pas si tu t'en es mieux sorti que moi, si tu n'y penses plus. Tu es le seul qui saurait quoi me dire, pour faire taire la douleur, effacer les vestiges.
mardi 6 avril 2010
La vie sans toi, ça me rend folle.
Noir sur blanc,
De tout, avant tout, le défi c'était ça. Aimer ce qui me restait de vie et relancer ma boule de neige. Grandir encore plus qu'avant, construire, réussir davantage. Gagner plus gros que ce que j'avais perdu. J'ai plongé, les mains en plein dedans, dans les déchets, l'horreur, la merde. Et j'ai entrepris de tout retirer, de tout jeter, avec le temps que j'avais devant moi. Un jour je me suis sentie assez forte pour demander de l'aide, pour m'asseoir en face de mes névroses, de mes craintes, de mes échecs. J'ai entendu quand on m'a dit « vous n'êtes pas très exigeante, au fond » . J'ai entendu surtout, la conclusion finale de ce travail acharné, « vous savez, c'est un peu comme les génies, comme les enfants surdoués, qui ne se sentent pas bien, parce qu'ils ne sont pas à leur place ». Pas à ma place et lucide. Voilà ce qu'il me reste de problème. C'est tout. Ce n'est rien. Plus grand chose. J'ai enlevé tout le reste.
lundi 29 mars 2010
La femme à gueule,
Mon ami est parti,
L'est parti pour toujours,
Mais moi je suis en vie,
Fais battre ton tambour,
Je sens les larmes qui montent,
Mais je vais pas pleurer,
Je sens ma peine qui gronde,
Je vais la chanter,
J'ai la gorge qui se serre,
Mais je vais pas pleurer,
Je sens monter la colère,
L'envie de crier,
Je sens les larmes qui coulent,
Mais je vais pas pleurer,
Je sens ma vie qui s'écroule,
Je vais la chanter.
samedi 27 mars 2010
L'oiseau de feu,
Mes talons aiguilles dans sa poitrine. C'est ce que ma colère a vu, avant de passer son chemin. On nous a projeté L'Amant, dans la grande salle du rez-de-chaussé, et il y a eu ce moment, où la petite pleure enfin, où elle pleure sur Chopin. Je n'avais plus joué de piano peut-être, depuis des semaines, des mois. Echouée dans la musique. En rentrant j'ai décidé d'apprendre cette valse et mes mains, comme seule revanche sur mon silence, avaient grandi, pris de la force, gagné en maturité. J'ai pleuré ce soir-là, de ne pas être abandonnée. Et puis tu es rentré, tu es venu me serrer dans tes bras. Je n'ai pas cessé de jouer, je t'ai laissé là, contre moi, dans mon dos. M'écouter.
vendredi 12 mars 2010
Papier mâché,
Je sens de la laideur, depuis quelques temps, à l'intérieur de moi. Depuis que tu es parti, je crois. Il me semble que le manque pourrit, nécrose. Je ne sais pas trop par où, ni comment, le faire sortir. Où aller. Quoi dire. Renoncer ou pas, à vivre sans toi. Avoir le courage ou pas, de devenir quelqu'un, que tu ne connaîtras pas. Je me demande où trouver des bouts de toi, minuscules, imperceptibles, mais peu à peu tout s'en va. Il ne reste plus que moi. Je voudrais te raconter mes journées, te dire que je grandis, que très souvent j'ai des douleurs en moi. Que je voudrais avoir une personne à qui dire que depuis bientôt un an j'aime un homme, que je fais tout ce que je peux pour l'aimer de mon mieux, mais que je souffre, de ne pouvoir l'aimer comme toi. J'achèterai une maison, avec cet homme, j'aurai des enfants de lui, et je m'endormirai chaque soir qui vient, dans ses bras. Ces projets devraient être mes rêves, y ressembler, me faire sourire. Mais si le monde savait, que j'attends juste d'être une vieille femme pour te revoir, parce que c'est comme ça que ça se passe, on retrouve l'amour de notre vie lorsqu'on a tout construit, quand c'est trop tard. Quand tout est joué. Quand il n'y a plus le danger, de se tromper.
Je suis dans cet amour, isolée du monde, d'où je ne respire plus.
Les premiers temps, je l'ai sentie revenir dans la peur. Celle de mourir, d'être blessée. Et puis très vite l'envie, la volonté, la gourmandise. Et puis l'amour. Celui que j'ai pu donner du bout des doigts, du bout des lèvres. Celui que j'ai fait et que j'ai bien voulu recevoir.



